La vision de la lune : quelques points à considérer

La confusion qui accueille les musulmans au début et à la fin de chaque Ramadan est bien connue. Et ce malgré que le Ramadan soit un mois béni, un mois que nous devrions débuter et terminer avec unité, la connaissance et la confiance , et non la confusion et l’ignorance. Les divergences d’opinion sur la question de l’observation lunaire sont également bien connues.
En soi, cela ne pose aucun problème. Cependant, parfois, nos actions peuvent être source de problème (islamiquement) lorsque la variété d’opinion est approchée avec l’ignorance vis-à-vis de certaines questions fondamentales.
Cette présentation se veut être un bref résumé, et non pas un exposé détaillée.
Notre point de référence
Fondamentalement, nos actions doivent être fondées sur la charia. Les principales sources de la charia sont le Coran et la Sounna, et ce qui est dérivé de ceux-ci. Nos émotions, l’opinion publique, l’avis de la majorité, les normes, les coutumes, etc. ne déterminent pas les règles de la charia, et nous devons veiller à ne pas faire inconsciemment de ces éléments la source sur laquelle nos actions sont fondées.
Les preuves
فَمَن شَهِدَ مِنكُمُ الشَّهْرَ فَلْيَصُمْهُ
«Donc, quiconque d’entre vous est présent (témoin) en ce mois, qu’il jeûne.» (Sourate 2 : 185)
صُومُوا لِرُؤْيَتِهِ، وَأَفْطِرُوا لِرُؤْيَتِهِ، فَإِنْ غُمَّ عَلَيْكُمْ فَأَكْمِلُوا عِدَّةَ شَعْبَانَ ثَلَاثِينَ يَوْمًا
D’après Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée), le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) a dit: «Jeûnez à sa vision et rompez le jeûne à sa vision et si vous êtes empêchés par des nuages alors complétez le nombre de jours de Sha’ban à 30 jours.»
الشَّهْرُ تِسْعٌ وَعِشْرُونَ لَيْلَةً، فَلَا تَصُومُوا حَتَّى تَرَوُا الْهِلاَلَ، وَلَا تُفْطِرُوا حَتَّى تَرَوْهُ، فَإِنْ غُمَّ عَلَيْكُمْ فَأَكْمِلُوا الْعِدَّةَ ثَلَاثِينَ
Al-Bukhari a rapporté sous l’autorité d’Ibn Omar (qu’Allah l’agrée) que le Messager d’Allah (que la paix et le salut d’Allah soient sur lui) a dit : «Le mois se compose de 29 nuits, ne jeunez pas tant que vous n’avez pas vu le croissant (de la nouvelle lune), si le temps est nuageux, compléter par 30 jours»
Les opinions
Il y a deux discussions distinctes en termes de différence d’opinion :
Vision / Calculs astronomiques
Vision globale / Vision locale
Vision / Calculs astronomiques
Les hadiths présentés ci-dessus sont tout à fait clair. En dépit de cela, certains proposent le calcule astronomique comme substitut à la vision lunaire. C’est-à-dire l’utilisation des calculs astronomiques pour déterminer la naissance de la nouvelle lune. Ceci est une position non valide qui ne devrait pas être suivie. Aucun savant classique de l’Islam n’a tenu une telle position. Non pas parce que l’Islam n’est pas progressif ou qu’il résiste à la technologie. Au contraire, l’utilisation de nouvelles technologies et des connaissances scientifiques est vivement encouragée, mais aux services de la charia et comme une aide dans la mise en œuvre des préceptes divins, plutôt que de les changer. Ainsi, les calculs peuvent être utilisés pour déterminer le meilleur moment en vue d’observer la lune, mais pas pour remplacer l’action d’observer.
Mais n’utilise-t-on pas le calcul pour déterminer le temps des prières ?
Oui, nous le faisons, et cela est un bon exemple de l’adoption de nouvelles technologies pour aider à la mise en œuvre d’un précepte islamique. La différence est cependant que le précepte islamique par rapport aux temps de la prière du Maghrib, par exemple, est qu’elle commence lorsque le soleil se couche, pas quand nous voyons le coucher du soleil. Dhuhr commence quand le soleil se déplace de son zénith, pas quand nous voyons cela se produire. Donc, nous pouvons calculer les temps et agir selon les calculs.
Cependant le Ramadan commence quand on voit le croissant, pas lorsqu’il est né. En d’autres termes, si nous devions utiliser une terminologie plus technique (usuli), le ‘’sabab’’ (cause) de Maghrib est le coucher du soleil, pas la vision du coucher du soleil. Tandis que le sabab du Ramadan est la vision de la lune, et non sa naissance, ni sa visibilité potentielle (ou sa présence éventuelle).
L’écrasante majorité des savants classiques a estimé que l’utilisation des calculs était une façon incorrecte pour commencer le Ramadan. L’étendue de leur rejet est mis en évidence dans la déclaration de l’Imam Malik, rapporté par l’Imam al-Qourtoubi dans son tafsir, dans lequel il dit à propos de l’Imam qui jeûne et rompt en se basant uniquement sur le calcul au lieu de l’observation, « Il ne devrait pas être suivi dans la prière »(Jami ‘li-Ahkam al-Qur’an, 2 : 285).
Aucun savant classique n’a tenu l’opinion que le calcul peut être utilisé comme un substitut pour l’observation physique. Cela a été rejeté catégoriquement. Certains ont permis l’utilisation conditionnelle, toutefois, personne ne préconise une telle chose aujourd’hui. Il n’y a donc pas d’utilité à en discuter.
Vision globale / Vision locale
Une autre divergence est de savoir si une observation suffit pour tous les musulmans du monde entier ou que chaque pays/régions devrait recourir à ses propres observations.
La position de l’observation globale est l’opinion plus forte. C’est en effet l’opinion de la majorité des savants classiques.
La plupart des savants affirme que le commandement du jeûne et la rupture du jeûne dans la parole du Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) est général. Le verbe « sūmou » impératif (jeunez) est sous la forme plurielle incluant donc tous les musulmans. En outre, le mot « ru’yatih » (sa vision) est également venu sous une forme générale sans restriction. Ainsi, il comprend toutes observations. Elle ne vise pas seulement la personne qui observe la lune, ni ne s’applique spécifiquement et seulement pour les gens de son propre pays ou région. Toute observation dans le monde suffit pour tous les musulmans.
Malgré cela, certains savants (principalement de l’école Shafi’i) ont jugé que chaque région (définie par la distance naturelle, et non pas par rapport aux États-Nations artificielles d’aujourd’hui) devrait agir selon sa propre observation. Leur avis repose sur une narration provenant d’Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) où il n’a pas agi selon l’observation de Mu’awiya, qui lui se trouvait au Shâm.
Néanmoins, selon la majorité des savants, l’avis d’Ibn Abbas est son propre ijtihad (effort d’interprétation) et ne constitue pas une preuve qui puisse égaler le hadith du Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui), comme expliqué par la majorité des savants (voir par exemple Shawkani, Nayl ul- Awtar, 4 : 268 ). Par ailleurs, d’autres savants disent dans le commentaire de cette narration, qu’Ibn Abbas (qu’Allah l’agrée) n’exprime pas un rejet de l’observation de Mu’awiya au Shâm, mais qu’il exprime simplement qu’il n’a pas pu suivre l’observation car l’information ne lui est pas parvenue à temps.
La vision globale : vraiment réalisable ?
Certains peuvent penser que la vision globale est pratiquement impossible a réalisé étant donné les grandes distances entre les différents continents à travers le monde. Cependant, en réalité, il est tout à fait possible, étant donné que :
1. La différence qui existe dans la vision de la nouvelle lune entre les deux points les plus éloignés du monde ne dépasse pas douze heures.
2. Il est possible de prendre connaissance du résultat de l’observation tardivement, en raison de la différence de temps. Dans ce cas un jour de jeûne manquée peut être effectué plus tard, ou alors si la nouvelle de l’observation de la lune de Shawwal arrive tardivement, le jeûne est immédiatement rompu et la prière de l’Aïd réalisée le lendemain matin.
Ceci est tout à fait valide. En effet ces deux situations se sont produites à l’époque du Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) et ses compagnons, comme le montrent les hadiths suivants :
– «Tandis que le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) se trouvait à Médine, un bédouin vint le trouver alors que lui et ses Compagnons n’observaient pas le jeûne ce jour-là. Le bédouin ayant affirmé avoir vu la lune au cours de son voyage vers Médine, le Messager de Dieu (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) lui demanda : « Reconnais-tu qu’il n y a de divinité qu’Allah et que je suis son Messager ? » Le bédouin répondit : « Oui, certes. » Aussitôt, le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) déclara : « Allah est le plus grand ! [Le témoignage] d’un seul musulman engage tous les autres ». Alors il ordonna immédiatement aux musulmans de jeûner.» (Abu Dawud et al-Sarakhsi dans al-Masbut).
– ’Abî ‘Umayr ibn ’Anas ibn Mâlik rapporte : «Un groupe de ’Ansârs, parmi les compagnons du Messager d’Allah (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui), me racontèrent : « Le croissant de Shawwal fut caché par les nuages. Nous avons commencé la journée en jeûnant, quand vinrent des cavaliers, en fin de journée. Ils ont témoigné devant le Prophète qu’ils ont vu le croissant la veille. Le Messager d’Allah (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) leur ordonna de rompre le jeûne et de sortir accomplir leur fête le lendemain.»
La Vision locale dans la pratique
Malgré la prépondérance de la position portant sur la vision global, l’opinion de la vision locale est une opinion islamique valide qui peut être suivie par ceux qui l’adoptent. Cependant, il devrait être suivi selon les opinions classiques et non sur base des facteurs politiques ultérieurs comme certains le font de nos jours.
Le facteur le plus important en ce qui concerne ceux qui veulent suivre la vision locale consiste dans la cohérence des régions considérées comme locales. Quelle distance sépare une région d’une autre ? La Jordanie, la Syrie et le Liban ne sont-ils pas une seule région, étant donné que la distance entre ces pays est plus courte que la distance entre Sydney et Perth ? Il est nécessaire d’apporter une définition cohérente de ce qu’est une région/localité.
Le problème est qu’actuellement la vision locale est organisée en fonction des frontières coloniales ou postcoloniales, et les dirigeants des pays musulmans à la solde des occidentaux, ne veulent aucunement que l’unité des musulmans se réalise. C’est pourquoi ils entretiennent cette division.
Ex : Moyen-Orient = jours différents
Ce genre de manipulation du fiqh (jurisprudence) sur la base des frontières placées dans les terres des musulmans par les colonialistes doit être rejeté catégoriquement et il faut faire attention de ne pas suivre ceux qui perpétuent ces fausses divisions.
Nous devons rejeter ces frontières nationalistes introduites par les ennemis d’Allah (SWT) et travailler afin d’unir les terres musulmanes, au lieu de les reconnaître ou même de changer notre fiqh en fonction de cette division. Nous devons nous rappeler que dans l’Islam il n’y a pas d’obéissance dans la désobéissance à Allah (SWT).
Suivre la majorité ?
Certaines personnes soutiennent que nous devons suivre ce qu’adopte la majorité, sur base de certains textes islamiques concernant l’importance de la Jama’a (le groupe).
Ceci est une fausse représentation du mot «Jama’a» qui, dans la terminologie islamique, ne se réfère pas à une certaine «majorité» mal définie, mais au collectif des musulmans sous un Imam (Calife). D’où le Hadith du Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) où il conseille à Hudhaifah d’«Adhérer à la Jama’a des musulmans et de leur Imam » quand les temps de grande tribulation arrivent’’ (dans un long hadith rapporté par al-Bukhari).
Il peut également se référer à ceux qui adhèrent à la position islamique correcte même si elle est une minorité, exprimée dans la narration de Ibn Mas’ud (qu’Allah l’agrée), où il a dit : «La Jama’a est la vérité (Haq), même si il est une personne ».
Cela montre que suivre la Jama’a n’est pas un jeu de chiffres.
En effet, il n’y a pas de tel principe en Islam. Au contraire, seul le hukm d’Allah (SWT) est à suivre. Nous devons suivre l’opinion la plus forte. Toute opinion valable peut cependant être suivie par ceux qui l’adoptent.
Qu’en est-il de l’unité ?
Ce désordre n’est que l’une des conséquences de l’absence de l’État islamique qui gère toutes les affaires de la Oumma. Il faut savoir que la divergence sur le début du jeûne est un moyen, parmi d’autres, dont usent les différents dirigeants du monde islamique, valets de l’Occident, pour maintenir le statu quo, à savoir le maintien de la division de la Oumma islamique sous forme d’États-Nations.
Ainsi ces dirigeants jouent-ils sans le moindre scrupule avec la législation d’Allah ; car les décisions nationales propres à chaque État concernant la vision de la lune, visent, en vérité, à consacrer la division voulue et préservée par le colonialisme.
Un autre phénomène surprenant existe, notamment en France, où de nombreuses mosquées et groupes établissent le début du mois de Ramadan en fonction de la vision locale de la lune… Comme si la Oumma islamique se limitait aux musulmans de France. Il est toujours surprenant d’observer ce raisonnement au nom de l’unité des musulmans de France en ignorant la véritable unité, celle de l’ensemble de la Oumma islamique. Unité qui suppose de commencer le jeûne ou de rompre à la vision de la lune en quelque lieu que ce soit dans le monde islamique.
Cette divergence au sujet du jeûne, n’est qu’un problème parmi tant d’autres que seul le Califat est capable de résoudre. Penser atteindre l’unité sans cette autorité politique relève donc de l’utopie ou de l’ignorance. Car l’État islamique est la condition sine qua non pour l’application intégrale de l’Islam à l’intérieur pour le bonheur des musulmans, la réunification de la nation islamique et la propagation du Message à l’extérieur pour le bien des autres peuples. En outre, le Califat est aussi un remède efficace contre la médiocrité intellectuelle, la misère morale et l’indigence matérielle qui gangrènent les musulmans d’aujourd’hui.
Alors, que celui qui se soucie de la situation des musulmans agisse en conséquence. Cela suppose de s’impliquer politiquement afin de changer la situation déplorable dans laquelle se trouve la Oumma islamique. D’autant plus que le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) nous annonce un avenir radieux dont l’accomplissement incombe à tout musulman sincère : «La prophétie sera parmi vous aussi longtemps qu’Allah voudra qu’elle soit ; puis Allah la retirera lorsqu’Il voudra la retirer. Ensuite viendra un Califat suivant la voie de la prophétie ; il demeurera tant qu’Allah voudra qu’il demeure, puis Allah le retirera lorsqu’Il voudra le retirer. Puis viendra un régime monarchique héréditaire (rigide) ; il durera tant qu’Allah voudra qu’il dure, puis Allah le retirera lorsqu’Il voudra le retirer. Puis viendra un régime tyrannique (dictatorial) ; il durera tant qu’Allah voudra qu’il dure, puis Allah le retirera lorsqu’Il voudra le retirer. Ensuite viendra un Califat suivant la voie de la prophétie. » (Rapporté par ’Ahmad, dans al-Mousnad, tome 4, page 273).
Conclusion
Notre dîn est un mode de vie fondé sur la connaissance, et non pas l’ignorance. Il est également un dîn basé sur la tolérance, le respect mutuel et le noble caractère.
La discussion de l’observation lunaire sera sans aucun doute reproduite chaque année jusqu’à ce que la solution complète – le Califat – soit réellement rétablie.
Nous devrions tous faire de notre mieux pour acquérir une certaine compréhension sur ces questions afin d’adorer Allah (SWT) avec sciences.
Aucun cheikh ou comité de mosquée est à l’abri de faire des erreurs ou d’être influencé par des impératifs politiques, donc cette immunité ne devrait pas être assumé comme une certitude.
Il est important, peu importe l’opinion que nous adoptons, de n’abriter aucune mauvaise volonté dans nos cœurs contre d’autres musulmans, et nous devons nous engager dans des discussions avec la noblesse islamique requise. Le Ramadan et l’aïd al Fitr sont des moments pour se purifier les cœurs et répandre l’amour et le respect entre les croyants. Tenons en compte dans nos actions insha’Allah.
Qu’Allah (SWT) nous guide vers ce qui lui plaît, nous Lui (SWT) demandons de nous accorder la science profitable et de purifier nos cœurs.
La Pensée Islamique






