L’abus du principe de Dharoura (nécessité)

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De notre époque, certaines personnes abusent malheureusement des principes islamiques pour justifier des actions clairement interdites. L’un des principes les plus souvent mal appliqués est celui de Dharoura (nécessité). Souvent, il est utilisé pour justifier des prêts à intérêts usuraires, travailler dans des emplois impliquant l’illicite, verser des pots-de-vin, soutenir des partis politiques qui ne sont pas fondés sur l’islam et encore beaucoup d’autres actions interdites.

Cela est justifié  par des textes islamiques qui disent que lorsque l’on risque de mourir de faim, l’interdiction de manger du porc et d’autres aliments illicites devient permis . A partir de là, la généralisation est que nous pouvons donc enfreindre les prescriptions de la législation islamique pour un bon nombre de nécessités.

« Certes, Il vous interdit la chair d’une bête morte, (sans égorgement), le sang, la viande de porc et ce sur quoi on a invoqué un autre qu’Allah. Il n’y a pas de péché sur celui qui est contraint sans toutefois abuser ni transgresser, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » Traduction de la signification du coran Sourate 2-Verset 173.

Ainsi, la personne qui a un besoin urgent peut manger de ce qu’il trouve parmi ces aliments interdits, de manière suffisante à le maintenir en vie. Il faut comprendre que ces règles sont des règles spécifiques avec des preuves spécifiques, à partir desquelles, nous ne pouvons pas généraliser et en conclure que nous sommes autorisés à enfreindre les règles de la législation islamique en raison de toute dharoura (nécessité).

La dharoura auprès des savants classiques :

L’imam al Razi Al Jassas al Hanafi dit dans son Ahkam al Quran (vol 1/159): « Ici le sens de la nécessité consiste en la peur de perdre la vie et la peur de la mutilation des membres du corps quand quelqu’un évite les aliments (qui sont essentiellement interdits) … »

Ibn Qudamah al Maqdasi al Hanabli dans son Al Mughni dit (9/331): « Si elle est établie, alors la nécessité qui est opportune est le type qui mène à mourir de faim si la nourriture est laissée ». Il continue en disant : « … La raison de la permission est la nécessité de préserver le soi de la destruction parce que cette maslaha (l’intérêt) est plus bénéfique que la maslaha d’éviter l’impur … »

Imam Abu Hamid Al Ghazali Al Shafi dit dans son Wasit (7/168): « Quant à la nécessité, nous impliquons la condition qui conduira probablement à la destruction de la personne, si par exemple, il ne mange pas et de même s’il craint qu’une maladie conduirait à la mort …  »

L’imam Ibn Juzi al Maliki dit: « … concernant la nécessité, c’est la peur de la mort et il n’est pas condition que quelqu’un soit patient à un tel point qu’il soit témoin de sa propre mort ». (Al Quanin al Fiqhia p116)

 

Il est clair que nous parlons d’un scénario critique et particulier. D’ailleurs, même cela a certaines contraintes selon de nombreux Ulemas :

(1) Qu’il n’y a pas d’autres moyens d’éliminer cette situation dominante de détresse.

(2) Que cela n’affecte pas les droits d’autrui. En d’autres termes, nous essayons de chercher une issue qui n’affecte pas les autres. Au moins en principe à tel point qu’un certain nombre d’oulémas interdisent aux musulmans de manger de la chair humaine morte en cas de famine, car cela affecte les droits d’autrui, c’est-à-dire ceux des morts. Un autre exemple très courant est le scénario du navire qui coule. Que se passe-t-il si nous allons sombrer à cause du poids excessif des passagers, jetons-nous quelques-uns à la mer pour sauver la majorité? La grande majorité refuse cette utilité de la dharoura. Un autre exemple est le bouclier de prisonniers musulman qui est mis en place par la défense d’une armée non musulmane. Cet exemple est généralement autorisé en tant que dharoura au niveau de l’état, mais plus important encore parce qu’il existe des indications textuelles qui permettent des dommages collatéraux, à condition que cela ne puisse pas être évité. Certains érudits comprennent ce point comme une Dharoora Kuliyya, c’est-à-dire une dharoura englobante (Elle s’applique aux Musulmans dans leur ensemble plutôt qu’à certains au détriment des autres).

(3) Prononcer du Koufr par force est une Roukhsa (permission légale) et cela est même préférable lorsque l’on est forcé par la torture afin d’éviter le risque de perdre la vie.

 

Les ulémas ont également divergé sur la question de savoir s’il est permis de consommer de l’alcool dans le cas où l’on meurt de soif. L’imam As-Shafi’i avait l’opinion que l’alcool aggrave la soif. D’autres ont également divergé sur le fait de savoir si l’on peut prendre des médicaments composés de substances illicites. Finalement, même certains érudits ne considéraient pas que ce fût un péché si quelqu’un refusait de prendre quelque chose d’illicite dans une situation de dharoura (nécessité). (Majmu’at al Bu’uth al Fiqhiyya par le Dr Abdul Karim Zaydan pages 141-214)

Les quatre écoles s’accordent sur le fait que la dharoura dans le sens du fiqh rend certaines choses qui sont illicites à l’origine, licite dans un scénario aigu. Il ne s’agit pas d’une règle générale mais est plutôt valable lors des situations sévères et très particulières.

On ne peut donc pas utiliser le prêt avec de l’usure (ou tout autre type de contrat illicite) pour acheter une maison sous prétexte de nécessité. De même, quelqu’un ne peut pas prétendre qu’il doit payer des pots-de-vin pour réaliser ses intérêts, car il peut les atteindre d’une manière légitime, même si cela est plus difficile. Quelqu’un qui travaille dans un travail impliquant l’illicite comme dans un restaurant où il devrait servir de l’alcool ou comme caissier dans une banque où il devrait recevoir et donner du riba (usure), peut obtenir un autre emploi qui est licite même s’il est moindre en salaire.

Les innombrables versets et récits nous ordonnant d’entreprendre nos actions selon les commandements et les interdictions d’Allah (swt), ne peuvent pas être simplement mis à l’écart en prétextant des difficultés.

« Très certainement, Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de fruits. Et fais la bonne annonce aux endurants, qui disent, quand un malheur les atteint: «Certes nous sommes à Allah, et c’est à Lui que nous retournerons. Ceux-là reçoivent des bénédictions de leur Seigneur, ainsi que la miséricorde; et ceux-là sont les biens guidés. » Traduction de la signification de S2 V155-157

Finalement, Allah swt dit:

« Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et Son messager ont décidé d’une chose, d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir. Et quiconque désobéit à Allah et à Son messager, s’est égaré certes, d’un égarement évident. » Traduction de la signification de S33 V36

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