Le mariage et la vie de couple en islam

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Il y a un paradoxe dans la façon dont les gens considèrent le mariage, dans nos temps modernes. D’une part, le jour du mariage est honoré et embelli ; des mois entiers de planification et des milliers d’euros sont investis afin que ce jour de mariage soit « le plus beau jour de la vie des mariés ». En Amérique, par exemple, le mariage coûte en moyenne 32000$ tandis que le revenu annuel est de +-50000$. [1] D’autre part, le mariage est rabaissé et méprisé ; l’adultère est monnaie courante et beaucoup de mariages se terminent par un divorce. En Amérique, près de 50% des mariages, soit un mariage sur deux, finissent par un divorce. [2]

L’explication de cette contradiction est que la culture occidentale populaire d’aujourd’hui rend la cérémonie de mariage plus importante que la vie conjugale. Tout le monde peut atteindre cette conclusion, simplement en examinant le nombre de programmes télévisé existant, sur l’organisation de mariage. Ces programmes-là expliquent comment faire pour vivre et embellir le jour du mariage, pour le rendre mémorable et personnalisé, si l’on compare cela avec le nombre de programme télévisé qui aborde la cohabitation du couple, les problèmes dans leur quotidien, les frustrations et les moyens pour y remédier. On remarque clairement que les programmes sur l’organisation du mariage sont beaucoup plus nombreux que les programmes qui aident à organiser la vie conjugale.

Cette tendance malheureuse n’a pas laissé intact le monde musulman. Les musulmans du Moyen-Orient se marient de plus en plus tard, car ils ne peuvent pas se permettre financièrement. Le mariage auquel la famille et les amis s’attendent est clairement un frein pour la construction d’une vie de couple. [3] Les pays du Golfe sont en tête à cet égard. De nos jours, pour un mariage à Dubaï, il faut débourser entre 80000$ et 250000$, tandis qu’au Qatar le minimum pour un mariage est de 150000$. [4] Néanmoins environ 70% de tous les mariages, soit deux mariages sur trois, dans les pays du Golfe se terminent par un divorce. [5]

La solution à ce problème est double. D’un côté, l’ordre des priorités chez les personnes doit être changé. Il devrait y avoir moins d’attention pour la fête de mariage, parce que le messager (saw) nous apprend que : «Le mariage le plus heureux est celui qui est le plus bas des fardeaux. » (Al-Bayhaqi). D’un autre côté, une plus grande attention devrait être accordée à la vie conjugale, par ce que le messager (saw) a dit : «De toutes les choses qu’Allah (swt) a rendu licite, le divorce est le plus détesté » (Abu Dawud et Ibn Majah), la signification en est que le divorce est licite en Islam, mais détestable aux yeux d’Allah.

L’objectif du mariage

Allah (swt) dit à ce sujet :

« Et parmi Ses signes Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de l’affection et de la bonté. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent. » (s. 30, v. 21)

Le mariage est donc censé être un partenariat entre le mari et son épouse, dans lequel ils sont des compagnons de vie l’un pour l’autre, ils s’aiment et se soutiennent mutuellement, contribuant ainsi à la tranquillité, pour trouver le bonheur et la satisfaction dans cette vie. En partie, pour cette raison Allah (swt) décrit également le conjoint est comme un manteau pour l’autre, un vêtement qui le protège contre les éléments :

« Elles sont un vêtement(1) pour vous et vous êtes un vêtement pour elles. » (s. 2, v. 187)

Le mariage ne devrait donc pas, comme on le pense souvent, être caractérisé par la domination et la soumission ou le commandement et l’obéissance. Il est vrai qu’Allah (swt) a donnée à l’homme la position de chef de famille au sein du couple :

« Mais les hommes ont cependant une prédominance sur elles. Et Allah est Puissant et Sage. » (s.2, v.228)

Mais cela ne signifie pas qu’Allah (swt) a fait de lui un «despote» qui commande et exige l’obéissance absolue et la soumission. Aux hommes, on était donné le rôle de gardien et de protecteur dans le mariage avec la tâche de veiller au bien-être de leurs épouses. Allah (swt) dit :

 « Les hommes sont des gardiens (qawwamoen) sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. »  (s.4, v.34)

L’origine du mot ‘qawwamoen’ est le verbe ‘qaama’ qui signifie “se lever“, “entreprendre quelque chose” et “se lever pour une chose”. Dans d’autres endroits, ce mot est utilisé dans le Coran avec le sens de « s’occuper de» et «se lever pour» comme un garde se met debout pour protéger et sauvegarder.

Allah (swt) dit encore que :

« Ô les croyants ! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Allah et (soyez) des témoins équitables. » (s.5, v.8)

La position de chef de famille au sein du couple ne fut pas donnée à l’homme comme un privilège, par lequel il commande sa femme et exige la soumission et l’obéissance absolue. Cette position lui fut donnée comme une responsabilité et un devoir, cela signifie qu’il doit aider et protéger sa femme. Afin qu’ensemble, ils soient partenaires et compagnons, qu’ils puissent être en mesure de trouver le repos, le bonheur et la joie, par la bénédiction d’Allah (swt). Selon Ibn ‘Abbas (ra), l’un des compagnons du Messager Mohammed (saw), aussi l’un des meilleures moefassir [6] de sa génération, la compréhension correcte de « …mais les hommes ont une position au-dessus d’elle… » dans verset du coran suivant :

« Quant à elles, elles ont des droits équivalant à leurs obligations, conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant une prédominance sur elles. Et Allah est Puissant et Sage. » (s.2, v.228)

Selon Ibn ‘Abbas (ra), cela signifie que «l’homme ne doit pas attendre de sa femme qu’elle remplit l’ensemble des obligations et des engagements qu’elle a envers lui, le mari doit être indulgent et permettre à sa femme d’en faire moins que lui. Tout en continuant à remplir l’intégralité des engagements et des obligations qu’il a envers sa femme» (At-Tabari).

Le Prophète Mohammed (saw) a dit :

«En vérité, celui qui a la foi la plus complète et la meilleure des mœurs, est celui qui est le plus amical et le plus attentionné pour ses femmes.» (Ibn Hibban)

 Des conseils pratiques sur la bienveillance

Le messager Mohammed (saw) est le meilleur exemple pour ceux qui veulent savoir comment un mari doit prendre soin de sa femme. Comme le messager (saw) a dit : «Le meilleur parmi vous est celui qui est le mieux avec ses femmes. Et je suis le meilleur avec mes épouses. » (Ibn Hibban).

Tout d’abord le messager Mohammed (saw) avait donné à ses femmes un espace suffisant pour leur permettre un épanouissement personnel et spirituel.

Comme Allah (swt) dit :

« …Et comportez-vous convenablement envers elles. Si vous avez de l’aversion envers elles durant la vie commune, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose où Allah a déposé un grand bien. » (s.4, v.19)

Un exemple en est la prière en groupe dans la mosquée pour les femmes. Pour la femme, la récompense de la prière dans sa maison est plus importante que la prière dans un autre endroit auprès d’Allah (swt). La règle qui s’applique également sur elle, c’est qu’elle ne peut quitter sa maison sans l’accord de son mari. Pourtant, le messager (saw) dit à ses compagnons : «Si l’une de vos femmes souhaitent quitter la maison [pour se diriger à la mosquée], alors qu’il ne s’y oppose pas.» (Bukhari, Muslim). En d’autres termes, s’il n’y a aucune raison d’interdire quelque chose à une épouse ne l’interdisait pas, même si vous êtes en mesure de lui interdire cela.

Deuxièmement, le messager (saw) avait du respect pour ses femmes. Elles (ra) avaient le droit d’avoir leur propre opinion, le messager (saw) ne voyait pas cela comme irrespectueux ou comme portant atteinte à son autorité. Par exemple, une conversation entre le messager (saw) et sa femme Aiecha (ra), comme rapporté par elle. Le messager (saw) lui a dit : « Je sais quand tu es en colère contre moi et quand tu es satisfaite de moi. »  Aiecha (ra) a répondu : « Comment le sais-tu, ô Messager d’Allah (saw) ? » il (saw) a répondu : « lorsque tu es satisfaite, tu dis : ‘Oui, au nom du Seigneur de Muhammad’ mais lorsque tu es en colère contre moi tu dis ‘Non, au nom du Seigneur d’Abraham ! ’ ». (mouslim).

Troisièmement, le messager (saw) aida ses femmes. Aiecha (ra) a dit : « Le Messager d’Allah (saw) était habituellement engagée à être au service (mihnah) pour sa famille, et quand le temps était venu pour la prière, il allait prier à l’extérieur « . (Bukhari). Elle (ra) a également dit : « Il se comportait comme un homme ordinaire. Il reparaît lui-même ses sandales et les trous dans ses vêtements, et il cousait des vêtements ». (Bukhari dans ‘Al Adab Al Mufrad’). Et :  » Il (saw) allait lui-même traire sa chèvre. «  (Ahmad). Cela signifie que dans les mariages du messager Mohammed (saw), il y avait une coopération entre le mari et la femme. Bien que ses femmes aient la responsabilité de tâches ménagères il (saw) essayé de le rendre plus facile pour elles, en leur apportant son aide.

Le messager (saw) rendait les choses faciles pour ses femmes en ne demandent pas trop d’elles. Abou Houraira (ra) a dit : «Le Messager d’Allah (saw) n’a jamais critiqué la nourriture. S’il (saw) l’aimait, il la mangeait. Et quand il (saw) ne l’aimait pas alors il le laissait.» (Muslim). Cela peut sembler une petite chose, mais c’est en fait essentiel pour un bon mariage. En dehors de notre noble messager (saw) nul n’est parfait. Dans cette science les époux et les épouses ont le choix. Soit, ils peuvent mettre toutes les erreurs et les lacunes de leur partenaire constamment sous une loupe, se lamenter et se plaindre, soi-disant dans un effort pour aider le partenaire à faire mieux. Soit, ils peuvent aussi accepter les petites erreurs et les manquements du conjoint pour se concentrer sur ce qui a de bon dans l’autre, comme son dévouement à la religion, son éthique du travail, son amour, sa patience, ses soins, et ainsi de suite. L’exemple montré sur la nourriture du Prophète Mohammed (saw) recommande clairement ce dernier.

Le messager (saw) a dit :

« Qu’un croyant ne déteste pas une croyante (sa femme), s’il déteste un de ses comportements, il sera satisfait par un autre de ses comportements » (Mouslim)

Enfin, le messager Mohammed (saw) a également pris soin des besoins émotionnels de ses femmes. Le mariage ne ressemble pas à un contrat de travail ou d’affaires. Dans ces accords, les droits et les obligations peuvent être accomplis sans émotion. Dans un mariage cependant, cela est impossible. Lorsque dans un mariage les droits et les obligations sont accomplis sans respecter les émotions, c.à.d. avec un désir sincère de plaire à leur partenaire et de les faire sentir le bonheur, alors il est inévitable que le partenaire se sentira négligé émotionnellement à un moment donné. Cela se rétorque dans des phrases comme : « Oui, tu as fait ce que tu devais faire, mais je ne sens pas d’amour là-dedans « . Le messager (saw) visitait donc généralement ses épouses après la prière de ‘iecha pour bavarder avec elle.

Le messager (saw) a aussi dit à ce sujet:

« Tout chose dans lequel ne se trouve pas de dhikr (le rappel) à Allah est un non-sens, de la négligence et l’absurdité, sauf pour quatre choses : [l’une d’elles] les plaisanteries d’un homme avec sa femme… »(An Nasa’i)

Aiecha (ra) a donné de plus amples détails sur ce que le messager Mohammed (saw) lui-même faisait pour construire une relation émotionnelle chaleureuse avec elle, de sorte de faire croître l’amour qu’Allah a mis entre eux.

« Oui. Le Messager d’Allah (saw) m’appelait pour manger avec lui alors que j’étais en période de menstrues. Il prenait en main un os encore couvert de viande et me conjurait de le prendre. Je mangeais la viande qu’il y avait, puis il le reprenait et mettait sa bouche à l’endroit où j’avais mordu, sur l’os. Puis il demandait de l’eau à boire, et me conjurait de boire avant lui à la coupe. Je la prenais et en buvais, puis je la reposais ; alors, il la prenait et en buvait, posant ses lèvres à l’endroit où j’avais bu, sur la coupe. » (al-Nasâ`i).

 

[1] http://www.moneytalksnews.com/could-you-afford-get-married-2015/

[2] http://www.divorcestatistics.org/

[3] http://europe.newsweek.com/arab-marriage-crisis-95537?rm=eu

[4] http://www.bq-magazine.com/industries/2015/03/wedding-industry-flourishing-gcc

[5] http://www.thenational.ae/opinion/in-the-gulf-marriage-falters-while-divorce-prospers

[6] Le moefassir est celui qui pratique le tafsir, l’explication du sens du coran.

 

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