La méthode islamique d’acquisition de la culture.

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Traduction d’un extrait de l’ouvrage « La personnalité islamique » – tome 1  par l’Imâm Taqiyuddîne En-Nabhânî  

La culture islamique est dotée d’une méthode pour étudier ; cette méthode repose sur 3 points :

Premièrement : Que tu étudies le sujet avec profondeur jusqu’à ce que tu saisisses correctement sa réalité, car cette culture d’idées profondément enracinées nécessite, lors de son acquisition, patience et endurance. L’acquisition de cette culture est une activité de l’esprit qui demande des efforts intellectuels pour la comprendre. En effet, cet enrichissement culturel requière une compréhension de sa structure, de saisir sa réalité, et d’établir le lien avec les connaissances qui permettent de comprendre cette réalité. C’est en cela qu’elle est appréhendée d’une manière idéologique. Il est obligatoire, par exemple, pour le musulman de prendre sa croyance avec la raison et non par accommodement. Tout ce qui se rattache à la base de sa croyance ne doit être adopté qu’après études et réflexion. Les lois islamiques, présentes dans le Coran et la Sunna, constituent un discours adressé à la raison humaine. Or, l’extraction de ces lois passe nécessairement par une activité rationnelle afin de comprendre la réalité du problème, puis de rechercher le texte lié au problème pour l’appliquer. Même le « suiveur superficiel » – عامي – qui adopte les lois sans connaître leurs arguments a besoin de comprendre le problème et la loi suscitée pour sa résolution. Cette compréhension minimale permet de ne pas appliquer une loi à un problème en inadéquation ; la réflexion est là aussi requise. Ainsi, acquérir la culture islamique, que ce soit par un savant chercheur (mudjtahid) ou un « suiveur superficiel », nécessite un effort intellectuel.

Deuxièmement : Que l’étudiant s’attache à ce qu’il étudie jusqu’à ce qu’il le mette en pratique. Autrement dit, qu’il croit aux réalités qu’il étudie, d’une croyance ferme sans le moindre doute, s’il s’agit d’un sujet qui se rattache à la foi. Et qu’il soit sûr, à plus de 50%, que le sujet est conforme à la réalité, s’il s’agit de lois ou de mœurs, c’est-à-dire tout ce qui sort du cadre de la foi. Dans ce second cas de figure, le sujet d’étude doit de toutes façons reposer sur une base à laquelle on croit avec certitude sans la plus petite hésitation. En tout état de cause, c’est une condition pour l’étudiant que de croire fermement à ce qu’il étudie, que ce soit au niveau de ce qui est assimilé ou à sa base. Et il n’est pas permis d’intégrer la culture de tout autre façon. Le fait de prendre la croyance tranchée à la base de la culture confère à la culture islamique un statut d’excellence et un caractère spécifique. Elle est à la fois profonde, stimulante et influente. Celui qui adopte cette culture devient une énergie ardente, attisant une flamme qui brûle le mal et une lumière éclairant la route du bien. L’homme lie nécessairement et naturellement sa propre réalité et ses conceptions des choses. La croyance tranchée dans des idées fondamentales, en tant qu’explications du sens de la vie, vient elle-même se solidariser avec les conceptions et la réalité humaine. Cet édifice idéologique pousse l’être humain à agir fidèlement aux idées fondamentales avec ardeur et enthousiasme. C’est ainsi que la culture islamique produit une immense influence sur la psychologie de l’homme. L’homme agit en réponse à une stimulation des sentiments rapportés à une réalité que saisit sa pensée. La foi ferme dans une pensée implique qu’elle relie des sentiments particuliers à des conceptions rattachées. Lorsque ce lien est établi, l’homme est naturellement poussé vers l’action.

Troisièmement : Que l’étude soit pratique, qu’elle résolve des problèmes du monde réel vécu et ressenti , et non pas basée sur des suppositions théoriques. De cette manière, l’étude permettra de décrire les choses telles qu’elles sont réellement pour leur apporter des solutions et les modifier. L’étudiant accède aux réalités qu’il perçoit ou peut percevoir dans l’univers, l’homme et la vie. Il les étudie dans le but de trouver les solutions et la loi idoines. Ce faisant, il délimite sa position sur l’objet de l’étude : soit il y adhère, soit il le délaisse, soit il prend une position d’indifférence. C’est pour cela que l’Islam ne pousse pas l’homme à suivre des suppositions spéculatives. Par exemple, dans ce cadre, nous citons une question du type suivant : sur la planète Mars comment les gens peuvent-ils accomplir le jeûne du mois de Ramadhan, alors qu’il n’y a pas de lune pour que le mois de Ramadhan puisse exister ?! Au contraire de cette approche erronée, l’étudiant comprend que le discours divin s’adresse à l’homme qui vit sur cette planète en voyant nécessairement la lune ; il devient alors obligatoire de jeûner. Mais il se peut que les nuages cachent la lune, on doit à ce moment là appliquer le hadith à propos du croissant lunaire : « Jeûnez lorsque vous le voyez, et rompez le jeûne lorsque vous le voyez, s’il est caché alors jeûnez 30 jours du mois de cha‘ban ». Ainsi, l’acquisition de la culture doit être réaliste, et non imaginaire ou théorique. Tu étudies donc pour mettre en pratique ton étude, lorsque le sujet d’étude se présente réellement à toi au cours de ta vie. Tu n’étudies pas pour prendre connaissance de la beauté de cette culture ou par plaisir intellectuel obtenu lors de sa compréhension.

En résumé, la méthode islamique pour étudier est :

 – l’approfondissement dans la recherche,

 – la conviction sur la véracité du sujet d’étude et son résultat,

 – assimiler tout cela d’une manière pratique pour l’appliquer à la réalité, dans l’arène de la vie.

Et lorsque l’acquisition de la science suit cette méthode, le musulman cultivé par la culture de l’Islam, avec profondeur dans la réflexion, et d’une sensibilité raffinée, est capable de résoudre les divers problèmes de la vie. Elle pousse le musulman à cheminer vers la perfection, par obéissance [à Allah] mais également par une impulsion naturelle.

Tant qu’il suit cette méthode, il ne pourra dévier de la route naturelle de l’acquisition de la science. Ceci parce que les idées islamiques prises dans cette culture sont stimulantes et influentes, réalistes et véridiques, et constituent des solutions salutaires. En plus de rendre le cultivé dynamique, elle lui donne une capacité remarquable à affronter les problèmes de la vie dans leur globalité et leurs détails, dans leur simplicité et leur complexité. C’est ainsi, que se forme en lui une mentalité qui n’accepte que la conviction de l’esprit et la tranquillité du cœur. Et, parallèlement, se développe en lui la sensibilité islamique (nafsya) emplie d’une foi complète.

Avec cette mentalité et cette sensibilité, l’homme adopte des qualités admirables, ces mêmes qualités que recommande l’Islam au musulman. Avec cette mentalité et cette sensibilité, il vient à bout de toutes les difficultés qu’il rencontre sur son chemin. Et lorsqu’il prend conscience que cette culture islamique porte des idées profondes et lumineuses, construites sur la foi islamique, elle représente alors pour lui le lien de l’homme avec Allah le Très-Haut. En effet, soit elle provient directement d’Allah le Très-Haut, soit elle est extraite de sources révélées par Allah : le Coran ou de la Sunna. Elle comporte un volet idéologique parce que c’est une pensée, et d’autre part elle intègre en même temps la spiritualité car le lien avec Allah le Très-Haut, se manifeste lors de l’acquisition de la culture, à condition de la considérer originaire du Créateur.

Celui qui a adopté cette culture développe les qualités suivantes : une réflexion profonde et éclairée, et un enthousiasme ardent et attisé. Il a vendu sa vie à Allah, que son nom soit glorifié, dans la voie de l’Islam afin d’obtenir Son agrément.

Autant ce cultivé, de la culture de l’Islam, sait ce qu’il veut, autant il sait comment résoudre les problèmes de la vie, car il a aussi étudié les réalités qui lui font face dans l’arène de la vie. Il s’engage dans la vie foisonnante soutenue par sa pensée éclairée, sa piété/ferveur, et sa connaissance qui dénoue tous les problèmes. Et tout ceci est le Bien intégral. 

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